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Jalhay - Sart - Demain

L'Avenir de notre entité vous appartient

La rubrique de Clément Mawet

 

 
 

 

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La COP23, nouvel échec

 
On assiste ainsi à une sainte alliance entre les écologistes tiers-mondistes et la grande finance, le tout orchestré par l’Union européenne, sous le regard amusé du géant américain qui a désormais pris congé de toute cette mascarade.
La fête des écolos à Bonn — la COP23 — est finie. Les déguisements d’ours blancs sont rangés jusqu’à la prochaine COP. Les activistes ont dû se contenter de la terne Bonn faute d’avoir le plaisir d’aller dans les îles paradisiaques Fidji auxquelles il incombait de présider cette rencontre, mais qui manquaient d’infrastructures pour accueillir les milliers de touristes écologistes habituels. (Rassurez-vous, ces îles se portent bien, elles ne risquent nullement d’être submergées.)

L’énième échec de la Conférences des parties (Conference Of Parties – COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques ne surprend plus. Sauf quelques irréductibles, comme la RTBF (service public belge) ou France 2, les médias n’en ont d’ailleurs que très peu parlé. Si vous avez la curiosité de regarder en dehors de la France et de la Belgique, vous vous serez aperçu que cette grand-messe a déçu dès avant sa tenue. À force de crier au loup vous devenez inaudible.

L’illusion de l’Accord de Paris

En réalité, à part la COP-21 qui a donné l’illusion d’un succès avec l’Accord de Paris – mais qui est de fait un échec total, tellement cet accord est vide, et orphelin depuis le départ américain –  les COP se succèdent sans que rien de concret ne soit décidé.

Comment pourrait-il en être autrement puisque limiter les émissions de CO2 n’est réalisable que par deux moyens : le développement massif du nucléaire – ce que les écologistes des COP refusent obstinément — ou bien par la récession, ce que les écologistes « profonds » (deep ecology) réclament de manière tout à fait cohérente mais que les gouvernements refusent car cela plongerait nos populations dans la pauvreté et la régression (au sens strict).

Certains se consoleront en songeant qu’une poignée de pays s’est tout de même engagée à ne plus utiliser du charbon pour produire de l’électricité. Qui a signé cet accord ? La Belgique. Rappelons que la dernière centrale belge au charbon, celle de Langerlo, fermait en avril 2016 ! La Belgique a rejoint le Luxembourg et les îles Fidji … qui ne consomment pas davantage de charbon.

La faillite du processus onusien

L’échec est non seulement celui de ces conférences devenues totalement inutiles mais plus généralement des politiques prétendument « vertes ». On assiste, pour qui veut bien l’admettre, à la faillite de tout le processus onusien.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques était adoptée en juin 1992 lors du Sommet de la Terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro.

Depuis 1992, les signataires se perdent en paroles, en textes abscons et en voyages –  générant autant d’émissions de CO2 qui sont « compensées » (terme qui désigne comme dans les religions la pénitence pour la faute commise) financièrement par les contribuables – tandis que les émissions de CO2 ne cessaient d’augmenter : plus 54% en 25 ans ! Tout est dit. À quoi ces messieurs-dames vous rétorquent, comme le font les socialistes depuis 150 ans : sans nous, ce serait pire ! Heureusement que le ridicule ne tue pas…

Le problème de l’argent

L’échec était si prévisible qu’avant même cette rencontre le Président Macron avait déjà convoqué une autre réunion pour essayer de sauver l’Accord de Paris. Alors que le processus officiel depuis 1992 est celui des COP, la France organise une autre rencontre sur le cœur du problème : l’argent ! Oui c’est in fine bien là que réside l’espérance du monde de la finance si cher au président français : pouvoir manipuler les cent milliards de dollars PAR AN prévus dans le Fonds vert que la COP-19 avait annoncé.

Comme le disait feu le Pr. Istvan Marko ce fonds devrait – aurait dû convient-il d’écrire puisque personne ne va mettre la main dans la poche des contribuables pour lever cette somme titanesque –  servir à transférer de l’argent de la poche des classes moyennes occidentales vers les comptes en banque des riches dirigeants de pays moins développés, notamment africains et asiatiques, par l’intermédiaire de la grande finance.

Alliance écolos – grande finance

On assiste ainsi à une sainte alliance entre les écologistes tiers-mondistes et la grande finance, le tout orchestré par l’Union européenne, sous le regard amusé du géant américain qui a désormais pris congé de toute cette mascarade.

Les déguisements des ours blancs vont ressortir en novembre 2019 à Katowice qui va accueillir la COP-24. Les journalistes de France 2 et de la RTBF ne tarderont pas à réserver leur billet d’avion et l’hôtel pour s’assurer que le Wallon et le Français moyens seront à nouveau saisis d’effroi pendant 15 jours. Katowice ?

Oui, le centre houiller de la Pologne. Qui n’a pas signé la déclaration de sortie du charbon car celui-ci produit 84% de son électricité. Si on veut aller de progrès en progrès, puisque l’Allemagne qui était l’hôte de la COP-23 produit 47% de son électricité à partir de charbon, la COP-25 devrait avoir lieu en Afrique du Sud, qui génère 94% de son électricité à partir de l’ennemi numéro un des COP.

Ainsi la mascarade atteindrait-elle des proportions cosmiques.

 

 

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BELGIQUE
Damien Ernst (ULG): "Impossible de sortir du nucléaire en 2025"



Faut-il s’accrocher à la date de 2025 pour sortir du nucléaire, comme prévu ? Elia, gestionnaire du réseau, a chiffré à plusieurs centaines de millions d’euros le coût de la transition pour investir notamment dans la construction de nouvelles centrales gaz. Est-ce jouable ? Damien Ernst, professeur à l’ULG et Jan Vande Putte de Greenpeace Belgique en débattaient au micro d’Arnaud Ruyssen dans Soir Première.

Pour Damien Ernst, le calendrier de 2025 n’est pas tenable " Il faudrait construire neuf nouvelles centrales au gaz pour 2025. Mais on n’est pas en Corée du Nord ! Chez nous, Il faut obtenir des permis, faire des appels d’offre. Ça devrait nous amener vers 2027. Et puis c’est cher. Ces neuf centrales-là, c’est quelques centaines de millions d’euros, mais tous les ans pendant dix ans. "

Grand besoin de cash pour la transition énergétique
Et Damien Ernst pose la question qui dérange. " Est-ce qu’on ne prolongerait pas toutes les centrales nucléaires à 60 ans ? Avec l’argent que ça rapporterait, on pourrait créer un fond de 15-20 milliards pour investir dans la transition énergétique. " Et il poursuit son raisonnement. " Les nouvelles centrales au gaz, c’est le consommateur qui va les payer (5 à 10 euros par mégawatt-heure sur sa facture). Pour le nucléaire belge, Les investissements seront à 100% à charge d’Electrabel. Il n’y aura pas de subsides. L’Etat pourra toucher une rente, qui diminuera en fonction des nouveaux investissements nécessaires à la remise aux normes des centrales. Pour Doel 1 et Doel 2, la remise aux normes sera trop chère. Mais pour les autres, il y a moyen de générer une rente nucléaire qui sera utilisée, je l‘espère, pour la transition énergétique. On a un besoin de cash considérable pour cette transition. On parle de 60 milliards d’euros rien que pour mettre le bâti wallon aux normes ".

Damien Ernst estime aussi que prolonger la vie de nos centrales nucléaires va faciliter la décarbonisation car " 3,6 giga-watts de centrales au gaz, comme Elia les préconise, c’est 10 millions de tonnes de CO2 en plus des 100 millions de tonnes qu’on émet par an. "

Mais prolonger la vie des centrales peut aussi présenter des inconvénients, estime Jan Vande Putte. " Prolonger la vie des centrales, cela suppose aussi des investissements, car il faut remplacer les pièces vieillissantes. Mais, surtout, les vieux réacteurs sont de moins en moins fiables. Il y a un problème de sécurité et le feu vert de l’AFCN n’est pas garanti. "

 

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Non, la Belgique ne sera pas « sortie » du nucléaire en 2025

En 2025, la Belgique ne sera pas sortie du nucléaire, car même en Europe occidentale l’extrémisme écologiste finira par se fracasser sur les récifs de la réalité.
Pour un politique, il est toujours intéressant d’aller dans le sens de la majorité : après tout, c’est la définition de la démocratie que d’être favorable aux idées majoritaires !

Pour un intellectuel, en revanche, comme l’écrivait Friedrich Hayek, aller dans le sens de la majorité du moment est rarement bon signe. Disons simplement qu’il faut être capable de penser en dehors des slogans et des lieux communs, fussent-ils portés par l’écrasante majorité des experts et autres leaders d’opinion.

De ce point de vue, la sortie du nucléaire par la Belgique en 2025 offre un intéressant cas de figure. Voici un objectif présenté comme tout à la fois parfaitement acquis, possible, rationnel, noble, scientifique et ambitieux.

Noble car il s’agit de « sauver la planète », ambitieux parce que la Belgique a tout de même à l’heure actuelle sept réacteurs nucléaires en fonctionnement, rationnel parce que « le renouvelable, c’est l’avenir », et parfaitement acquis parce que le gouvernement belge en a décidé ainsi.

Une voix discordante

Me permettra-t-on d’exprimer une voix discordante ?

D’abord, quant à la science. Le tout-au-renouvelable repose sur la science du groupe d’experts de l’ONU sur le climat, le GIEC, qui établit un lien de causalité entre les émissions humaines de CO2 et le réchauffement de la planète.

Il a été démontré dès 2010 que le GIEC est, en réalité, un organisme intégralement politique, non scientifique (« Le GIEC est mort, vive la science »), et ses modèles informatiques sont en effet constamment battus en brèche par la réalité. Ainsi les émissions humaines de CO2 n’ont-elles jamais tant crû que durant les 20 dernières années, dans le même temps que la température globale restait d’une remarquable stabilité.

Ensuite, il faut contextualiser. Le tout-au-renouvelable que l’on nous présente en Europe de l’Ouest comme une évidence n’est « évident » que pour la seule Europe de l’Ouest.

L’idéologie du tout au renouvelable

Car l’Europe centrale s’inscrit radicalement en faux contre cette idéologie, de même que nos alliés Américains — pas le seul président, la majorité du Congrès aussi bien, et depuis de longues années — et en fait le reste du monde, qui n’entend participer au renouvelable qu’aussi longtemps que c’est l’Occident qui en payera les frais (c’est tout le sens de l’Accord de Paris).

Le renouvelable dans ses différentes figures n’offre aux autres sources d’énergie (nucléaire, fossile) qu’une alternative extrêmement coûteuse. Dit autrement, sans la subvention publique, l’industrie du renouvelable n’existerait tout simplement pas. Les entrepreneurs qui ne jurent que par le renouvelable sont d’abord et avant tout des entrepreneurs en subventions publiques, du reste les subventions les plus massives de l’histoire économique.

Si le renouvelable était rentable, nous n’aurions pas ce débat, car le monde entier se serait précipité sur le renouvelable. L’une des difficultés rencontrées par le renouvelable est l’incapacité technique de stocker l’énergie à grande échelle, ce qui ne pose aucune difficulté s’agissant de sources d’énergie permanentes (fossile ou nucléaire) qui émettent en continu, mais qui devient rédhibitoire s’agissant de sources d’énergie aussi capricieuses et intermittentes que le soleil ou le vent.

L’exigence de l’économie mondialisée

Par ailleurs, nous vivons dans une économie mondialisée. Les entreprises belges sont en concurrence avec les entreprises françaises, allemandes, britanniques, aussi bien américaines ou chinoises.

Or, l’énergie est l’un des paramètres de coût de toutes les entreprises :  pas seulement des entreprises qui en consomment beaucoup, de toutes les entreprises sans la moindre exception, depuis le comptable qui travaille seul jusqu’à la multinationale de type GSK (pour prendre un exemple de multinationale encore sise en Belgique).

Le tout-au-renouvelable n’augmente pas le coût de l’énergie à la marge : il le multiplie par deux ou trois, ainsi que le constatent les entreprises belges — wallonnes en particulier, par la grâce des certificats verts de MM. A. Antoine et J.-M. Nollet — dont la facture d’électricité augmente depuis 10 ans de façon exponentielle.

Ce n’est qu’un début, car cette explosion a lieu alors que sept réacteurs sont encore en activité : nous laissons au lecteur le soin d’imaginer ce qu’il en sera quand ces centrales amorties qui produisent aujourd’hui l’énergie la moins chère auront été fermées d’autorité.

Aucune simulation chiffrée

Nous disons bien « deviner » car c’est l’une des particularités du décret gouvernemental de sortie du nucléaire de ne reposer sur aucune simulation chiffrée pour le consommateur final : personne, aujourd’hui, n’est en mesure de dire si l’électricité belge sera deux, trois ou quatre fois plus chère qu’elle ne l’est aujourd’hui ou chez nos partenaires.

Étonnant, n’est-il pas ? Ce qui paraît probable, en revanche, est que le seul coût annuel de production d’électricité sera multiplié par 2,3, selon une étude du lobby pro-renouvelable « EnergyVille », confirmée par les projections « prix final » du Bureau du plan.

Ce qu’à court terme une puissance économique comme l’Allemagne peut se permettre — multiplier le coût de l’énergie par deux ou trois — un petit pays partiellement en souffrance (économie wallonne) ne le pourrait qu’au prix d’un appauvrissement massif de ses entreprises et de sa population.

Le chemin des Allemands

Cela est d’autant plus vrai pour les ménages belges que, si les Belges prennent le chemin des Allemands, ils tenteront de préserver leurs grandes entreprises en faisant supporter l’intégralité du surcoût aux ménages : c’est en effet le petit secret de l’Energiewende allemande que ce sont les ménages qui la financent !

Votre facture annuelle d’électricité est de 1000 euros ? Que diriez-vous si on la portait à 2000 ou 3000 euros ? Eh bien, c’est fort simple, là encore il suffit de regarder la situation allemande : des millions de ménages allemands connaissent ce que l’on appelle la « précarité énergétique » — seuil déterminé par un taux d’effort des dépenses en énergie supérieur à 10% des revenus d’un ménage — c’est-à-dire qu’ils préfèrent vivre partiellement dans le froid et l’obscurité que de régler des factures dont le montant ne leur est plus accessible (ce que les écologistes appellent, pour s’en féliciter, « la décroissance »). Balayés, les maigres bénéfices récoltés par les Belges à la faveur du « tax shift »

Ce qui est tenable, à très court terme, dans l’économie allemande, la plus prospère de la planète, ne le serait bien sûr pas en Belgique. Quittons la sphère de l’idéologie et redevenons sérieux. L’auteur du Cygne noir et dAntifragile, Nassim Nicholas Taleb, a coutume de dire qu’il ne faut jamais écouter un expert ou un politique qui n’a pas de « skin in the game », c’est-à-dire qui ne risque pas de pâtir personnellement des conseils qu’il prodigue à autrui.

La Belgique sans nucléaire ? Vraiment ?

Alors prenons les paris : Monsieur Bart De Wever — je m’adresse naturellement au président du premier parti de la majorité parlementaire — je suis prêt à parier avec vous la somme (raisonnable !) de votre choix qu’en 2025 la Belgique ne sera pas sortie du nucléaire.

Voilà assurément un pari dont les conditions vous sont favorables, puisque vous êtes l’un des principaux décideurs ! En 2025, la Belgique ne sera pas sortie du nucléaire, car même en Europe occidentale l’extrémisme écologiste finira par se fracasser sur les récifs de la réalité.

 

 

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Flexi-jobs pour pensionnés

Dès le 1er janvier 2018, le système des flexi-jobs, jusqu’à présent réservé au secteur de l’Horeca sera étendu aux travailleurs salariés et aux employeurs qui ressortissent des commissions paritaires du commerce alimentaire, du commerce de détail indépendant,du commerce de détail alimentaire, de l’industrie hôtelière,des grandes entreprises de vente au détail, des grands magasins, de la coiffure et des soins de beauté, de la boulangerie, pâtisserie et salons de consommation annexés ainsi que de la sous-commission des moyennes entreprises d’alimentation.

Ces secteurs, explique le gouvernement,  ont été retenus parce que les employeurs qui y sont actifs doivent faire face à des coûts du travail élevés et éprouvent des difficultés à résorber leurs pics d’activité avec leurs seuls travailleurs fixes. Mais n’est-ce pas le cas pour tous les secteurs d’activité?

Quoi qu’il en soit, le régime des flexi-jobs sera étendu aux pensionnés, ce qui compte tenu de la modicité des pensions légales pour salariés et indépendants n’est pas un luxe.

 

 

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FGTB : l'inévitable régionalisation ?

14/11/17 à 08:20 - Mise à jour à 08:22
Du Le Vif/L'Express du 10/11/17

Tiraillé entre les partisans et les adversaires d'une régionalisation accrue, et entre certains Flamands et francophones, le syndicat socialiste joue de plus en plus à l'équilibriste. Les donnes socio-politiques différentes au Nord et au Sud du pays font tanguer le navire rouge. Chamboulements en vue ?

Les rapports de force politiques dans les Régions fragilisent l'unité de la FGTB fédérale. 

Le sujet n'est pas à l'agenda... mais tout le monde en parle : officiellement, la régionalisation accrue, voire la scission, de la FGTB fédérale n'est pas abordée dans les instances du syndicat. Informellement, c'est autre chose. " Les militants en parlent aussi, glisse Daniel Richard, secrétaire régional interprofessionnel Verviers-Communauté germanophone, et régionaliste affiché. Ils se demandent à quoi cela rime de garder une structure fédérale si, décidément, plus aucune ligne commune n'est possible avec les Flamands. "

La question n'est pas vieille comme le monde, mais pas loin. Ce qui est différent, cette fois, c'est le contexte socio-politique : le rapport de force issu des urnes, totalement différent en Flandre (plutôt à droite) et en Wallonie (plutôt à gauche) ; la représentation disproportionnée des votes francophones et flamands au sein du gouvernement fédéral ; et, toujours, une situation économique très peu homogène, des deux côtés de la frontière linguistique. " Oui, des gens pensent à régionaliser la FGTB, confirme Robert Vertenueil, son secrétaire général. Pas parce que le syndicat est arrivé au bout de son modèle, mais pour prendre en compte la réalité politique et sociologique des Régions. Ça me paraît une réflexion saine et nécessaire. Mais nous ne nous organisons pas en fonction d'une éventuelle 7e réforme de l'Etat. "

Parant au plus pressé, la FGTB tente d'abord de s'opposer aux mesures annoncées par le gouvernement fédéral, dans tous les secteurs qui la concernent : pensions, soins de santé, flexijobs... Avec un résultat pour le moins mitigé. " En trois ans d'actions et de protestations, qu'a-t-on obtenu ? interroge un président de régionale. Rien. " On sait que la grève passe mal dans la population, forçant toutes les organisations syndicales à repenser leurs modes d'action. Les Flamands du syndicat socialiste sont, eux, dans une situation inconfortable. D'abord parce que l'ABVV, aile flamande de la FGTB, est très minoritaire en Flandre. Participer à un mouvement de grève sans que la CSC en soit leur semble suicidaire. Ensuite, parce que dans leurs rangs ne figurent pas que des militants de gauche, loin s'en faut. " Il n'y a plus une adhésion automatique aux idées socialistes quand on est à la FGTB ", constate un ténor namurois. Il y a, bien sûr, des électeurs de la N-VA ou de l'Open VLD au sein de l'ABVV. Il faut aussi les entendre... et les représenter en haut lieu. Certains syndicalistes flamands estiment ainsi qu'un mouvement de grève réclamé par les Wallons peut causer un tort économique à la Flandre. Donc, ils n'en veulent pas.

On comprend que l'appel à une " union des gauches " après 2019, lancé par le secrétaire général de l'interrégionale wallonne Thierry Bodson, ait fait froncer quelques sourcils en Flandre où la gauche ne pèse pas du tout du même poids qu'en Wallonie. Qu'Ecolo/Groen et le PTB/PVDA jouent la carte de l'unitarisme ne facilite pas les choses... " Ce n'est pas l'approche de mobilisation qui est différente au Nord et au Sud du pays mais le rapport de force politique dans les Régions, insiste Thierry Bodson. Je rappelle que le nombre de jours de grève chez De Lijn n'est pas inférieur à celui des TEC. Mon appel à l'union des gauches avait été discuté au niveau fédéral. Mais sur le plan politique, les interrégionales sont autonomes. Le câblage du message est différent quand le message est politique. "

L'ABVV marche aussi sur des oeufs parce qu'elle ne veut pas donner du grain à moudre à Bart De Wever, président de la N-VA, qui honnit tout ce qui ressemble de près ou de loin à un syndicat. " Mais sous ce prétexte, on ne fait plus rien, maugrée un ténor de la FGTB. Et cela n'a de toute façon aucun effet sur ce parti. " Il y a deux ans, les Flamands de la CGSP (Centrale générale des services publics) avaient refusé de partir en grève alors que leur alter ego francophone y appelait... L'action organisée le 23 octobre dernier à Charleroi a été longuement discutée pour s'assurer qu'il n'y aurait pas de déséquilibre dans le suivi entre Flamands et francophones. " L'envie de réagir face aux décisions du gouvernement fédéral est plus forte en Wallonie parce que, du fait de leur situation socio-économique difficile, les Wallons sont plus touchés, résume Angela Sciacchitano, coordinatrice des Jeunes FGTB. Du coup, les centrales les plus radicales attendent de la FGTB fédérale qu'elle soit elle aussi, plus radicale. Mais ce n'est pas possible à cause des Flamands. " Au bureau fédéral, ce sont ces tensions que certains trouvent de plus en plus difficiles à vivre. " Le sentiment existe, côté FGTB francophone, que l'on ne peut pas se laisser marcher sur les pieds ", résume Jean Faniel, directeur du Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques).

De fait. Certains d'entre eux s'inquiètent de voir que les Flamands occupent de plus en plus l'appareil du syndicat, les services centraux, les services d'étude et la présidence de la majorité des centrales. Or, au sein du syndicat socialiste, une grande machine extrêmement décentrée, le pouvoir est aux mains des différentes centrales syndicales bien plus qu'au niveau du bureau fédéral. Toutes ces centrales, à part celle du métal, scindée en deux ailes régionales, s'articulent toujours sur une structure fédérale.

Depuis cinq ans, l'ABVV voit par ailleurs augmenter le nombre de ses membres, tandis que la FGTB wallonne est en recul. Entre 2012 et 2016, les affiliés de la première sont passés de 715 258 à 735 583, tandis que ceux de la seconde reculaient de 634 503 à 609 466. Ceux de Bruxelles étaient globalement stables, autour de 190 000. " On commence à comprendre les frustrations que les francophones de la CSC, largement dominée par les Flamands, connaissent depuis longtemps ", soupire un secrétaire régional.

" Les débats sont compliqués mais ils le sont tous, relativise Robert Vertenueil. Si j'écoutais les francophones, le pays serait à l'arrêt demain. Si j'écoutais les Flamands, il le serait dans trois mois. Mais dans les deux cas, j'insiste, le pays serait à l'arrêt. Alors, on trouve un compromis. "

A la FGTB, ils sont très nombreux à plaider pour que le syndicat reste unitaire, insistant notamment sur le fait que les Flamands ne forment pas un bloc monolithique. " A Anvers, l'alliance conclue entre Groen et le SP.A pourrait faire changer les choses au détriment de la N-VA de Bart De Wever ", remarque Antonio Cocciolo, président des métallos Hainaut-Namur. " C'est vrai qu'il y a des différences entre les cultures syndicales en Flandre et en Wallonie, abonde Frank Moreels, secrétaire fédéral de l'Ubot (Union belge des ouvriers du transport et de la logistique). Mais on devrait renforcer nos actions, y compris à l'échelon international, plutôt que de se diviser au niveau régional. Chez nous, il y a unanimité contre la scission de la FGTB. Il faut une politique syndicale coordonnée entre les différentes parties du pays. Nous avons déjà des structures bruxelloise, wallonne et flamande. Il n'est pas nécessaire de faire plus. "

 

La centrale Horval (alimentation, Horeca et services), elle, s'est penchée il y a dix ans sur la meilleure façon de conserver une structure unitaire avec des structures régionales plus souples. " Les discussions n'ont pas toujours été faciles, se souvient Tangui Cornu, coprésident de la centrale. Mais notre unité en est sortie renforcée. " Cette centrale professionnelle est la seule à disposer de deux coprésidents, l'un francophone, l'autre flamand alors que toutes les autres sont dotées d'un président et d'un secrétaire général de chaque rôle linguistique. A la FGTB, tous ont aussi en mémoire la régionalisation de la centrale des métallos, en 2006. Onze ans plus tard, personne ne voit clairement la plus-value qu'a apporté ce changement. " Cet exemple ne nous sert pas de modèle pour nous inciter à régionaliser ", confirme Robert Vertenueil.


 

Au sein du syndicat socialiste, le pouvoir est aux mains des centrales bien plus qu'au niveau fédéral.


 

Et les Wallons entre eux ?

Les fgtbistes wallons eux-mêmes ne sont pas tous sur la même longueur d'onde. Liège est plus régionaliste et Charleroi, plus unitariste. " Il n'y a pas de majorité pour régionaliser la FGTB, mais une minorité très agissante, qui tape sur le même clou depuis trente-cinq ans, tacle Antonio Cocciolo. Liège essaie régulièrement de glisser des revendications séparatistes dans les statuts de la FGTB. Nous, nous ne sommes pas demandeurs d'une scission de la FGTB fédérale. C'est l'unité des travailleurs qui fait notre force syndicale. Si on scinde le pays, le sud du pays perd 15 % de PIB (produit intérieur brut). Ce n'est pas de la rigolade ! Tout le monde sait que la Wallonie ne pourra pas s'en sortir. "

Nous y voilà. Tandis que les uns songent à régionaliser l'appareil indépendamment de ce qui se passe pour l'Etat belge, les autres n'imaginent de modifier la structure que si l'Etat évolue lui aussi. Et là, nul ne sait, pour l'heure, à quoi s'attendre. Mais si la sécurité sociale, dont les allocations familiales ont déjà été régionalisées, le Code du travail ou les commissions paritaires sont régionalisées, la FGTB fédérale ne sera plus que coquille vide. " Si on perd le caractère fédéral de la sécu, mécaniquement, la FGTB s'adaptera, assure Daniel Richard. Le principe est acquis, il n'y a même pas de débat là-dessus. "


 

Lors de la mise en place de la 6e réforme de l'Etat, la FGTB fédérale n'a pas agi autrement, cédant une manne financière à ses ailes régionales pour qu'elles puissent assumer les matières nouvellement léguées aux Régions. De quoi engager du personnel supplémentaire et muscler les services d'étude régionaux. Le même transfert de fonds et de personnel se produirait en cas de 7e réforme. Que resterait-il alors à gérer, au niveau fédéral ?

" Si on touche à la sécu, on sera très hargneux ", prévient Tangui Cornu. " Dans ce cas de figure, la FGTB implosera, embraie Antonio Cocciolo. Ça m'inquiète. On irait alors vers une concurrence entre Régions. Et les francophones risquent de devoir se disputer les morceaux qui restent. " Du coup, la régionale Hainaut-Namur des métallos prépare dès aujourd'hui ses ouailles à l'hypothèse d'une 7e réforme de l'Etat. Un argumentaire " contre " commence à circuler dans les entreprises. Dans le cadre de la 6e réforme, sous le gouvernement Di Rupo, les allocations familiales ont pourtant déjà été régionalisées. " Une erreur ", clament en choeur les responsables de la FGTB. " Les coûts fixes de la gestion ont été multipliés par trois et les Régions finissent quand même par s'aligner l'une sur l'autre, constate Thierry Bodson. Tout régionaliste que je sois, je ne suis pas demandeur d'une régionalisation accrue de l'Etat. Quant à la FGTB, même si des matières sont régionalisées, on a intérêt à défendre des revendications communes au Nord et au Sud du pays. "

Tout dépendra des hommes qui dirigeront, demain, la FGTB. Quelques départs de pointures sont annoncés dans les deux ans qui viennent : Rudy De Leeuw, président fédéral, Philippe Van Muylder, président de la FGTB Bruxelles, Nico Cué, patron des métallos francophones, Francis Gomez, patron des métallos liégeois et de la fédération Liège-Huy-Waremme...

L'exclusion de chômeurs longue durée sous le gouvernement Di Rupo a réduit les budgets syndicaux. 

Tout-puissants présidents

Comme si cela ne suffisait pas, les organisations syndicales, dont la FGTB, sont tenues de repenser leur structure, d'ici à 2020, en raison du rapprochement des statuts ouvriers et employés, acté en 2013. Le syndicat socialiste aura-t-il à l'avenir moins que ses six centrales actuelles ? " On va vers leur maintien, mais avec des rayons d'action différents, précise Robert Vertenueil. Deux centrales pourraient toutefois fusionner : les métallos souhaitent un rapprochement ou une fusion avec la Centrale générale. " La lutte sera âpre entre ceux et celles qui dirigent ces structures. La réflexion n'est d'ailleurs pas très avancée. Les patrons de centrales en discutent entre eux, laissant à l'écart tous les responsables interprofessionnels, garants d'une synthèse transversale et intercentrales. " Les présidents de centrales sont tout-puissants, plus que le secrétariat fédéral, qui sert de cache-sexe, déplore un haut gradé de la FGTB. " Je pense que la structure actuelle est néfaste à l'organisation, déclare un autre. L'autonomie est presque devenue un but en soi pour certains. Les centrales ne sont pas prêtes à lâcher du pouvoir. Du coup, il n'y a pas de réflexion sur la réorganisation de la FGTB. "

Il y a pourtant une certaine urgence. D'autant que le syndicat traverse une passe difficile à travers ses caisses de paiement des allocations de chômage : certaines de ses régionales ont déposé un dossier d'entreprise en difficulté. L'exclusion des chômeurs de longue durée décidée sous le gouvernement Di Rupo a entraîné une réduction du budget alloué par l'Etat aux syndicats pour payer les allocations de chômage à leurs affiliés, puisque c'est l'une de leurs missions. Ensemble, les trois grands syndicats ont reçu l'an dernier 11,5 millions d'euros de moins qu'en 2014. A la grosse louche, une bonne moitié de ce montant a échappé aux caisses de payement de la FGTB. Perdre quelque 30 000 chômeurs exclus sur 1,5 million d'affiliés, ce n'est sans doute pas énorme, mais c'est suffisant pour devoir organiser des départs naturels sans remplacement parmi le personnel de ces caisses de chômage. A l'instar de la CSC, la FGTB songe à ne garder qu'un seul organisme de paiement centralisé en Wallonie mais rien ne se concrétise pour l'instant.

La perte de ces chômeurs signifie aussi, dans la plupart des cas, la fin des cotisations qu'ils versaient au syndicat. " Notre rôle d'organisme de paiement constitue traditionnellement une porte d'entrée pour les affiliations, rappelle un responsable régional. Vu la prolongation du stage d'attente des jeunes, nous enregistrons une diminution de moitié de ces affiliations. On murmure dans les couloirs de l'Onem que les organisations syndicales seront étranglées par la diminution des attributions d'allocations de chômage. " Certains se frottent déjà les mains... 

 
 

 

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La médecine est en panne d'empathie"

Corinne Hubinont, 57 ans, fait partie du gratin médical. Elle dirige le service associé en obstétrique aux cliniques universitaires Saint-Luc, à Bruxelles. Elle raconte son cancer, décelé il y a deux ans, dans son Carnet de (sur)vie, très personnel, très didactique et très critique pour sa profession.

"Malgré mon niveau de prise en charge très privilégié, la visite des médecins n'a pas duré plus de quelques minutes." Vous sentiez-vous armée pour supporter cette épreuve ?

Le contexte a joué contre moi. Je vivais une période très difficile, après les décès successifs de mon époux et de mon père. A l'époque, je ne prenais pas soin de moi, j'étais stressée, je m'imposais un rythme de vie effréné. Mon entourage me répétait que quelque chose allait me tomber dessus. En effet...

Avez-vous culpabilisé ?

Je savais que je n'avais pas de facteurs génétiques, et puis je mangeais sainement. Je n'ai évidemment pas échappé à ces questions : " Pourquoi moi ? ", " Qu'ai-je fait pour avoir cette maladie ? "... Et évidemment, je culpabilise, parce que je prenais alors un traitement hormonal sub- stitutif à la ménopause. Je l'ai poursuivi sans limite dans le temps, plus que les cinq ans recommandés. Par la suite, je me suis documentée et j'ai découvert que la littérature scientifique récente suggère que la prise d'un traitement hormonal augmente la survenue d'un cancer du sein hormonodépendant. Ce qui est le cas d'un cancer du sein sur deux, et ce qui est mon cas. Ces traitements sont très décriés dans les pays anglo-saxons, ils y sont de moins en moins prescrits. Chez nous, soit les gynécologues demeurent peu informés, soit ils banalisent très fort leur prescription. J'ai rencontré une dame de 70 ans qui prenait encore la pilule contraceptive, parce que son gynécologue lui avait promis une plus belle peau...

En mars 2015, lors d'un examen de routine, incluant mammographie et échographie, la radiologue semble être radicalement passée à côté de votre cancer. Ce n'est que huit mois plus tard qu'on le diagnostique avec une RMN (résonance magnétique nucléaire)...

J'aime dire que, finalement, c'est moi qui ai trouvé mon cancer. Cet automne-là, une amie proche m'annonce qu'on vient de lui diagnostiquer un cancer du sein. Ce dernier n'est pas visible à la mammographie mais à la RMN. Perturbée par son cas et parce que je ressentais une fatigue permanente anormale depuis des mois, j'ai eu alors une intuition et j'ai décidé d'en faire une moi aussi. La sénologue de l'hôpital où j'ai réalisé cet examen a demandé à voir les premiers clichés de mars 2015 réalisés dans un cabinet privé. Ils se sont alors révélés anormaux...

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"Vous devez prendre plus de temps avec le malade ; vous pouvez le toucher, lui prendre la main..."


 

Finalement, la RMN est donc supérieure à la mammographie ?

Sans aucun doute, oui : la mammographie n'a pas une sensibilité à 100 %, et la RMN permet de dépister les cancers à un stade précoce. Faut-il pour autant faire subir des RMN à toutes les femmes ? Certainement à celles qui présentent des facteurs de risques. Mais la conclusion la plus importante est qu'il vaut bien mieux réaliser les examens dans une clinique du sein et éviter les petits cabinets et les centres privés. Ces derniers sont-ils correctement équipés ? En ont-ils seulement les moyens ? Par facilité, depuis des années, je me rendais dans ce centre privé près de mon domicile. Dans mon cas, il semble soit que le matériel n'était pas optimal, soit qu'il y a eu une lecture peu attentive de la part du médecin. A l'arrivée, j'ai perdu le sein droit.

Vous passez alors de l'autre côté de la scène médicale et vous découvrez des médecins nuls dans la communication...

Parce qu'on les a transformés en techniciens de haut niveau. Ils sont sélectionnés sur la base de critères académiques lors du cursus général. Ils le sont à nouveau lors des épreuves qui détermineront leurs spécialités. On en a fait des bêtes à concours qui évoluent dans une atmosphère de concurrence acharnée, de bagarre permanente et qui finissent par se blinder et être en panne d'empathie. Les critères académiques ne se révèlent pas les plus pertinents ! On assiste aussi à un retour de balancier. Autrefois, les médecins se montraient très paternalistes ; ils savaient, ils décidaient et les patients acceptaient sans broncher. Aujourd'hui, les patients exigent un échange, une discussion. Du coup, les médecins s'en protègent en adoptant une attitude de distance, un charabia savant, parfois sans même vous adresser un bonjour.

Un médecin malade est un malade comme les autres. A ceci près que vous avez bénéficié de quelques privilèges : les meilleurs spécialistes, le droit de ne pas trop attendre à Saint-Luc, d'obtenir rapidement les résultats du laboratoire...

Mes collègues ont le sentiment de m'avoir déroulé le tapis rouge. Je ne veux pas faire l'enfant gâtée, mais malgré mon niveau de prise en charge très privilégié, la visite des médecins n'a pas duré plus de quelques minutes. Ils n'ont pas le temps, sont submergés par les tâches administratives et la rentabilité. J'ai pu constater que la mécanique n'est pas parfaitement huilée, que la médecine a beaucoup perdu en humanité. J'ai ressenti le malaise de collègues, peu bavards, qui se repliaient derrière ma blouse blanche qui comprendrait tout, savait tout de la maladie. Ce n'était pas le cas ! J'avais besoin de mots simples, d'explications et d'empathie.

"Les infirmières font réellement preuve d'empathie, qui manque tant au médecin." 

Il vous a fallu être couchée dans un lit d'hôpital pour découvrir le travail des infirmières ?

Oui. J'ai vraiment découvert cette profession, difficile, avec ses horaires, mal payée... Or, les infirmières font réellement preuve d'empathie, qui manque tant au médecin. Ce dernier entretient peu de rapports avec elles. Il se contente de leur délivrer des ordres et n'est pas là pour leur exécution. Aujourd'hui, je suis devenue beaucoup plus humble à l'égard des infirmières de mon équipe. Avant, quand j'en appelais une et qu'elle me demandait d'attendre parce qu'elle était occupée, je m'impatientais.

Vous écrivez que vous n'aviez pas peur du cancer mais que vous étiez effrayée par la mastectomie (NDLR : ablation complète du sein).

 

C'était un véritable coup de tonnerre. J'étais très révoltée. Je me disais que j'aurais pu peut-être éviter la mastectomie si la première radiologue avait fait la biopsie. J'étais terrorisée à l'idée de cette mutilation totale. J'ai imaginé ne pas me soigner, garder ce sein droit que j'avais surnommé ma " bombe oncologique ". On ne peut pas gérer cette situation toute seule. Il faut le dire : faites-vous accompagner, n'allez pas seule aux rendez-vous ! Moi, c'est une amie d'université, oncologue mondialement réputée, qui m'a aidée.

Comment vivez-vous sans votre " bombe oncologique " ?

La peur a disparu pour faire place à la tristesse. Je me suis sentie orpheline de mon sein droit. J'ai fini par l'accepter. On m'a dit que j'avais été " gâtée ", que je n'avais pas perdu mes cheveux, par exemple. Ça ne veut pas dire pour autant que ce ne fut pas difficile.

Vous êtes sous traitement qu'on appelle hormonothérapie, en prévention d'une rechute ?

"On a fait des médecins des bêtes à concours, blindés et en panne d'empathie"

Là aussi, on m'a dit que ce n'était pas si épouvantable. Oui, au départ, les patientes sous hormonothérapie sont heureuses ; elles échappent à la chimio. Mais ces traitements, à prendre durant cinq à dix ans, entraînent des effets secondaires importants : troubles vasomoteurs, douleurs articulaires et musculaires, troubles de l'humeur, troubles sexuels, des risques accrus de thrombose et d'ostéoporose. Des articulations qui gonflent, une prise de poids, plus de libido... Tout ça fait qu'au bout d'un an, 30 à 50 % des patientes arrêtent avant la fin de leur traitement ! Or, on n'a pas d'autre choix que de continuer à le prendre.

Au fond, pourquoi ce livre ?

Lorsque je suis sortie de chez la sénologue lors de ma première consultation, je n'ai rien retenu de ce qu'elle m'a dit. Ce jour-là, j'ai décidé que je ne m'y rendrais plus sans prendre de notes. C'est ainsi qu'est né ce carnet de bord. Au fil du temps, il est devenu mon exutoire. Un soir, Thierry Janssen (NDLR : chirurgien urologue, psychothérapeute et auteur de plusieurs livres) m'a dit que je pouvais raconter comment j'avais traversé la maladie : " Tu dois en parler. D'autres personnes peuvent en bénéficier aussi. " Il avait raison. Ce livre est donc avant tout un récit de ce que j'ai appris sur le cancer. Il est motivé par l'aide très concrète que je peux apporter, à l'image de ma profession, où je m'efforce d'aider des patientes à tomber enceintes. Il manquait un ouvrage qui propose aux malades des outils, des trucs " pratico-pratiques " pour faciliter leur quotidien. Ce livre s'adresse aussi aux blouses blanches. Je leur dis : vous devez prendre plus de temps avec le malade, vous pouvez le toucher, lui prendre la main... A Saint-Luc, j'ai suivi une formation en communication verbale : utiliser des termes positifs, doux plutôt que les mots négatifs, agressifs. Ces cours ne sont pas obligatoires dans le cursus de médecine. Ils devraient l'être !

Qu'avez-vous appris de cette épreuve ?

Ma vision de la médecine ne sera plus jamais la même. Je suis beaucoup plus à l'écoute, plus humaine. Je comprends mieux le côté revendicatif du patient. Je faisais partie de ces médecins qui déclaraient tout faire, tout ce qu'ils peuvent pour les patients, et ceux-ci avaient le " culot " de nous en vouloir. Je m'imposais un perfectionnisme, une compétition, qui m'ont permis de faire une belle carrière, tout en essayant d'être une bonne mère, une bonne épouse, une bonne fille... A posteriori, c'était une source de culpabilisation constante. Cela fait perdre le sens des priorités et des valeurs.

Ce fut difficile de vous mettre à nu ?

J'ai beaucoup hésité. J'avais peur et j'avais honte. Je redoutais de montrer ma fragilité. Je ne voulais pas qu'on me traite comme une malade. Je travaille à présent à mi-temps. Mais j'ai de la chance : je suis dans un milieu favorable, moi.

Mon carnet de (sur)vie. Voyage au pays du cancer du sein, par Corinne Hubinont, Racine, 147 p. Les droits d'auteur iront à la Clinique du sein de Saint-Luc et au réseau Breast International Group.

 

 

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Paradise Papers : comme si votre argent appartenait d’abord à l’État !

On assiste à un complet renversement de valeurs : l’optimisation fiscale est assimilée à de la fraude, du vol. C’est oublier que l’argent appartient d’abord à celui qui produit de la richesse.
Depuis le 5 novembre, le journal Le Monde nous régale d’un formidable feuilleton, les « Paradise Papers », savamment distillé dans ses pages au fil des jours à propos de l’évasion fiscale pratiquée massivement par de grands groupes internationaux et des personnalités richissimes sans foi ni loi qui ont l’audace de « soustraire à l’impôt » des milliards et des milliards d’euros qui seraient tellement mieux utilisés par la puissance publique pour apporter bonheur et bien-être aux citoyens méritants comme vous et moi.

Pillage immoral (Mélenchon), attaque contre le Trésor et atteinte à la démocratie (Bruno Le Maire) : de tous les côtés de l’échiquier politique français, les réactions outragées n’ont pas manqué.

Paradise papers : un suspense savamment maîtrisé

Il faut dire que la révélation a été parfaitement calibrée pour susciter l’indignation la plus vigoureuse. Nos vertueux journalistes ont promptement mis en avant yachts, actrices, chanteurs, politiciens en vue, les Bermudes, la reine d’Angleterre et Bernard Arnault (bête noire des Ruffin et Lordon) pour exciter à coup sûr la jalousie et la haine des riches qui cimentent la « solidarité » à la française. Excellente affaire pour prolonger un peu plus les remous provoqués par la suppression partielle de l’ISF dans le PLF 2018.

Ils n’ont pas négligé non plus de bien nous faire comprendre qu’on se trouve face à l’enquête du siècle ! On parle de 13,5 millions de documents1, on parle du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et de ses 96 membres appartenant à 67 pays différents, on parle de centaines de journalistes. On parle d’une opération « top secret » qui s’est déroulée dans la plus grande clandestinité, nom de code : Athena ! Que du frisson !

Après tant d’efforts dans le sensationnel, il n’y a plus qu’à espérer que les médias impliqués verront effectivement leur audience s’accroître prodigieusement. On sait que la presse traditionnelle n’est pas au mieux de sa forme, challengée qu’elle est par la révolution numérique en cours et par l’émergence de nouvelles formes d’information.

Elle ne survit que tenue à bout de bras par les aides de l’État qui comprennent notamment des subventions directes, une aide postale, un abattement fiscal spécial pour les journalistes et un taux de TVA réduit à 2,1%. Pour l’indépendance et l’incitation à s’adapter aux évolutions de son secteur, on repassera.

Par contre, pour dénoncer les turpitudes avérées ou supposées des méchants riches qui n’ont aucun scrupule à enlever le pain de la bouche des gentils faibles, on peut compter sur nos médias subventionnés et nos journalistes fiscalement optimisés.

Paradise papers : si c’est légal, où est le problème ?

Mais justement, de quelles turpitudes parle-t-on ? Dès le début, Le Monde indique que contrairement à la précédente opération « Panama Papers » de 2015 :

L’argent, ici, a le plus souvent été soustrait à l’impôt de façon légale ou aux frontières de la légalité.

La réaction des écologistes de EELV est particulièrement amusante et révélatrice. Ils dénoncent et déplorent « la légalité des montages fiscaux » employés.

Donc c’est légal. Donc il n’y a pas d’affaire « Paradise Papers ». Donc la phrase du Monde est absurde, car si ces pratiques sont légales, on voit mal quelles sommes ont été « soustraites » à l’impôt.

Finalement, on se retrouve face à un bête problème, extrêmement classique sous nos latitudes étatiques dépensières et chroniquement déficitaires : comment faire payer les riches davantage.

Il importe donc au premier chef vis-à-vis de l’opinion publique d’entretenir la confusion entre la fraude et l’optimisation fiscale (voir ma petite typologie ci-dessus).

Il importe de montrer qu’il existe dans la fiscalité mondiale des « trous noirs » et des « failles » qu’il faut absolument combler, il importe de bien jeter l’opprobre sur certains pays qui pratiquent une fiscalité attractive pour les entreprises ou les particuliers, fiscalité parfaitement légale qui a juste l’inconvénient d’être très en-deçà de nos évidents et incompressibles besoins pour couvrir notre dépense effrénée… Comme pour l’affaire des travailleurs détachés, plutôt que de nous réformer, oeuvrons à aligner les autres sur nos standards si élevés, moralité comprise !

Amalgame entre fraude et optimisation

EELV, complètement oublieux, comme pratiquement toute la classe politique, que la France réussit à avoir l’un des taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde (45%) en même temps qu’un taux de chômage au double de ses principaux voisins comparables, va jusqu’à prétendre que ces sommes qu’on laisse filer

devraient servir à la transition écologique et à la création d’emplois, pas à la prédation par quelques centaines de personnes, de l’argent de la planète.

Quant à notre ministre de l’Action et des comptes publics Gérald Darmanin, il a immédiatement entonné avec une belle démagogie le même refrain punitif que son collègue de l’économie Bruno Le Maire.

Face à des révélations aussi scandaleuses, on peut compter sur la fermeté du gouvernement, quitte à bien brouiller les lignes entre la fraude (qui appelle logiquement des sanctions) et l’optimisation fiscale (qui est le sujet des Paradise Papers) :

Le gouvernement est favorable au renforcement des sanctions à l’encontre des fraudeurs au fisc, notamment de la déchéance des droits civiques automatique de tous ceux qui, caractérisés, font de l’évasion fiscale.

Dans leur enquête, les journalistes de l’ICIJ se sont assurés les services d’un professeur d’économie de Berkeley qui a fait une évaluation des sommes que l’évasion fiscale « coûte » chaque année aux services fiscaux de la planète. Il aboutit à un total de 350 milliards d’euros, dont 120 milliards pour les pays de l’Union européenne dont 20 milliards pour la France. S’agissant de pratiques légales, il est complètement abusif de parler de « coût » ou de « manque à gagner », mais le montant calculé est cependant très intéressant.

Au niveau mondial, cela représente 0,5% du PIB. Ce n’est pas absolument colossal. Pour la France, c’est plutôt 1 % du PIB, mais surtout c’est seulement le double des 10 milliards d’euros que l’État français a indûment prélevé aux entreprises sous forme de taxe à 3 % sur les dividendes. Retoquée en partie par l’Union européenne puis totalement par le Conseil constitutionnel, cette taxe doit être remboursée aux entreprises victimes. Idée géniale du gouvernement, le remboursement se fera …  grâce à une surtaxe sur les grandes entreprises ! Ou comment se faire une idée lumineuse de la prédation et de l’incurie permanentes de l’État !

Le budget de l’État est un panier percé

Dès lors, comment reprocher à des particuliers ou des entreprises de chercher à calculer au plus juste leurs contributions fiscales connaissant le niveau très élevé de notre fiscalité et sachant dans quel panier percé tout impôt est voué à se perdre pour des résultats sociaux plus que douteux ?

La bourde à 10 milliards de la taxe sur les dividendes n’a certes pas lieu chaque année, mais chaque année amène son lot de catastrophes financières dans les dossiers gérés par l’État, ainsi que l’attestent avec une désolante régularité les rapports de la Cour des comptes. On connaît AREVA et la SNCF, on peut citer aussi à titre d’exemples l’affaire des portiques pour l’écotaxe, le désastre du système Louvois de paiement des militaires ou le dérapage budgétaire du projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure. Et n’oublions pas que le dernier budget concocté par l’équipe Sapin-Hollande était « insincère ».

N’oublions pas non plus que dans certaines circonstances, et avec une incohérence parfaite, l’État français ne se fait pas tellement prier pour dérouler le tapis de l’optimisation fiscale bien comprise dans l’intérêt de tous, comme ce fut le cas pour l’UEFA lors de l’Euro de foot 2016 !

De plus, il ne faudrait pas s’imaginer que les 20 milliards en question, en n’alimentant pas les caisses de l’État, sont restés inemployés. Ils se sont forcément portés sur des investissements ou de la consommation, ce qui leur confère donc un rôle social direct important dans la création d’emplois et la croissance.

Les GAFA sont ainsi capables d’investir davantage en R&D. Ce ne sont pas les consommateurs qui le leur reprocheront. Ainsi que le disait déjà Vauban à Louis XIV en 1707 dans son livre Projet d’une dîme royale :

L’argent du royaume le mieux employé est celui qui demeure entre les mains des particuliers où il n’est jamais inutile ni oisif.

Le devoir du contribuable : mettre son argent à la disposition de l’État d’abord !

Cette affaire met en lumière la façon dont la plupart des politiciens de notre pays considèrent l’impôt. Tout se passe comme si l’homme venait au monde non pas avec des droits naturels comme la liberté, la propriété et la sécurité, mais avec un devoir naturel qui prime sur tout le reste, celui de tenir tout son revenu et tout son patrimoine à la disposition discrétionnaire d’un État omnipotent, omniscient et omniprésent.

Tout se passe comme si au commencement était l’impôt. Tout se passe comme s’il existait un niveau naturel d’impôt, toujours élevé, au-dessous duquel il est « immoral » de descendre.

Quand on entend Mélenchon et consorts fustiger les « cadeaux aux riches », quand EELV stigmatise la « prédation » de quelques centaines de personnes, quand on entend parler en permanence du « manque à gagner » dès qu’il est question de baisser un taux de prélèvement, on assiste à un complet renversement de valeur.

L’État n’a jamais rien produit. S’il peut encaisser des impôts, c’est uniquement parce que des personnes privées ont créé une richesse qui leur appartient entièrement au départ. En aucun cas le fait pour l’État de ponctionner une part plus faible de cette richesse ne peut s’assimiler à un cadeau fait à ceux qui produisent.

Non seulement l’opération « Paradise Papers » est une vaste fumisterie journalistique qui cherche à créer du scandale à partir de rien à des fins aussi bien démagogiques que bêtement promotionnelles, mais le débat qui s’est enclenché alors au quart de tour chez nos dirigeants et dans l’opinion publique semble très mal parti.

Entre confusion dans les termes, obsession à faire payer les riches et détermination à punir, pas un instant ne sont évoqués la complexité folle de notre système fiscal, le périmètre indécent de l’action de l’État – celui de la France étant l’un des plus large au monde, et l’incurie récurrente de sa gestion des deniers publics.

On peut en revenir à Vauban. Observateur des dégâts que provoquaient des impôts trop compliqués et trop lourds sur l’exploitation des terres dont beaucoup restaient en friche, il souhaitait instaurer une sorte de flat tax de 10% (la dîme royale) afin de financer un État qui se limiterait à assurer la protection des personnes et des biens. Malgré des évolutions historiques évidentes, sur ce point, tout reste à faire.

 

 

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"Notre facture d'énergie n'est pas une feuille d'impôt"

09/11/17 à 09:00 - Mise à jour à 10:49
Du Le Vif/L'Express du 10/11/17

Le coût de l'électricité ne cesse d'exploser en Belgique. En cause : les taxes et les tarifs des réseaux, sans oublier l'impact des affaires Publifin et Ores. Test-Achats lance une campagne pour exiger des politiques que la facture cesse d'être une feuille d'impôt. L'association de consommateurs réclame une commission d'enquête pour faire toute la lumière.

Lire également "Electragate/Ores : la croisade de Mitsch contre les moulins politiques"

La facture d'énergie devient un poids bien trop lourd pour les consommateurs belges. Selon une étude récente de la fondation Roi Baudouin, un Belge sur cinq est aujourd'hui en situation de précarité énergétique. Et la situation ne cesse d'empirer. Le patronat tire lui aussi la sonnette d'alarme : le coût de la facture énergétique, en explosion continuelle, est un nouveau facteur concurrentiel défavorable pour nos entreprises, en plus des charges salariales. Le sujet pourrait rapidement devenir une priorité politique. C'est d'autant plus probable qu'il s'agit aussi de la toile de fond des affaires Publifin et Ores, qui ont défrayé la chronique tout au long de cette année après les révélations du Vif/L'Express. Au-delà des questions de gouvernance se pose en effet celle, autrement plus délicate, de l'impact des dérives constatées, au sein de différentes intercommunales, sur la facture d'énergie du consommateur. Le sujet est à ce point complexe - et sulfureux - qu'il a jusqu'ici été laissé de côté, y compris dans le rapport final de la commission d'enquête parlementaire wallonne consacrée à Publifin.

Voilà pourquoi l'association de défense des consommateurs Test-Achats sort de sa réserve. En exclusivité pour Le Vif/ L'Express, elle publie un manifeste au titre éloquent : " Ma facture d'énergie n'est pas une feuille d'impôt ". Objectif ? Sensibiliser les consommateurs aux causes multiples expliquant la hauteur de la facture énergétique. Et réclamer, par le biais de cette pétition, une " nouvelle commission d'enquête spécifique " faisant toute la transparence sur la méthodologie et la fixation des tarifs. " Nous nous demandons si le monde politique s'est posé les bonnes questions, expose Jean-Philippe Ducart, manager Public Affairs de l'organisation. A-t-on calculé les réelles répercussions de l'affaire Publifin et des suspicions lourdes relayées par Le Vif/L'Express autour d'Ores sur la facture du consommateur ? Le régulateur wallon, la Cwape, a été longuement auditionné lors de la commission d'enquête parlementaire, c'est vrai, mais j'ai écouté, j'ai pris des pages et des pages de notes... et je reste sur ma faim. "

Aucun niveau de pouvoir n'est épargné par Test-Achats, ni le fédéral ni les Régions. Aucune tendance politique, non plus. Car au fond, c'est tout un système qui est en cause.


 

En 2016, la Belgique est le pays européen ayant connu la plus forte hausse du tarif de l'électricité. © PETER HILZ/BELGAIMAGE


 

En ligne de mire : taxes et réseau

Le manifeste de l'association commence par une demande générique : " Les pouvoirs publics doivent respecter leurs promesses, notamment fédérales, consistant à maintenir notre pays dans la moyenne des tarifs des pays européens, ce qui est loin d'être le cas actuellement. " Il suffit, pour en juger, de passer au crible l'explosion des prix de ces dernières années. " Pour une consommation d'électricité moyenne, la facture est passée de 700 euros fin 2014 à presque 900 euros en septembre 2017, observe Test-Achats. Ce qui nous a valu d'être, en 2016, le pays connaissant la plus forte hausse, et d'occuper une peu enviable troisième place dans le classement européen des pays au tarif le plus cher. "

Si la Belgique est un mauvais élève, ce n'est pas à cause de l'augmentation du prix de l'énergie en tant que tel, le prix du kWh étant même redescendu au niveau des pays voisins. Ce coût ne représente d'ailleurs qu'un tiers du total de la facture. " Ce sont les tarifs du réseau de distribution et les taxes qui exercent aujourd'hui la plus forte ponction sur le porte-monnaie, constate l'organisation. Sur ce qui est payé pour l'électricité, 78 % en moyenne vont en rémunération du réseau, en prélèvements et en TVA, et ce pourcentage est encore de 53 % pour le gaz naturel. " C'est dans ces deux postes que le bât blesse.

" Il s'agit clairement d'un problème politique, martèle Jean-Philippe Ducart. Notre rôle est de constater qu'il y a un réel problème. Et de tout faire pour éviter que, dans cinq ans, la facture ait encore augmenté de 25 %, parce que c'est intenable. Notre message aux ministres et aux parlementaires consiste à dire qu'ils feraient bien de se préoccuper enfin du budget des ménages. Enfin... "

Cliquez sur le mode plein écran pour découvrir l'évolution des tarifs nets pour une consommation moyenne annuelle de 3500 KW

"Pas une feuille d'impôt"

Le premier domaine sur lequel insiste Test-Achats, et que dénonce la majorité des acteurs du secteur énergétique, quand cela ne leur sert pas d'excuse générale, ce sont les interventions politiques multiples et variées qui utilisent la facture d'énergie pour combler des trous budgétaires. Dernier exemple en date : la décision prise par le gouvernement fédéral de Charles Michel de supprimer le " filet de sécurité " introduit par le précédent gouvernement en 2013. Celui-ci permettait au régulateur fédéral, la Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Creg), de suivre de près l'évolution des prix énergétiques et de les tempérer au regard de ce qui se passait dans les pays limitrophes. Ce mécanisme, dont les résultats étaient " encourageants " selon Test-Achats, sera enterré le 31 décembre prochain. " Il faut arrêter de prendre la facture pour une feuille d'impôt ! clame l'association. Le "filet de sécurité" doit être maintenu et reconduit. " Une requête en ce sens a déjà été lancée par l'opposition au Parlement. En vain.

Ce n'est pas le seul point sur lequel l'association met l'accent lorsqu'elle dénonce que notre facture énergétique soit devenue une " feuille d'impôt ". Elle énumère les mesures qui, ces deux dernières années, se sont multipliées dans cet esprit : augmentations successives des cotisations sur l'énergie, passage de la TVA à 21 %, soumission des intercommunales à l'impôt sur les sociétés avec répercussion immédiate sur la facture... Le manifeste met l'accent sur une revendication claire : " L'électricité n'est pas un produit de luxe et doit donc être considérée comme un produit essentiel : ramener la TVA de 21 % à 6 % est fondamental. " Ce serait revenir sur une décision prise en 2015 par la majorité fédérale actuelle. Que Test-Achats avait déjà contestée alors.

Mais c'est toute la gestion de ce secteur vital, au sens large, qui est visée par l'association de défense des consommateurs : " Ça fait longtemps que nous disons que la facture d'énergie est un impôt déguisé, relève Jean-Philippe Ducart. Il y a eu visiblement un choix politique qui a été posé, dont le message est le suivant : "Le prix de la facture continue à augmenter, mais nous continuons à nous servir au passage". " Que ce soit via les dividendes délivrés aux communes ou le coût de fonctionnement des intercommunales, deux héritages de l'époque où Electrabel faisait la pluie et le beau temps dans notre pays. Une façon de cadenasser le processus de décision.

Pour une nouvelle commission d'enquête parlementaire

Test-Achats se dit ouvertement déçue des enseignements tirés jusqu'ici par le monde politique du scandale Publifin et des suspicions à l'égard d'Ores. Les deux affaires touchent au domaine de l'énergie mais leur contexte est différent. En ce qui concerne Publifin, il est question d'un fonctionnement tentaculaire et d'une intercommunale largement sortie du lit de ses activités " normales " pour investir dans les médias, notamment. Dans le cas d'Ores, le plus grand opérateur de réseau wallon, actif dans 197 communes, les questions d'un conseiller communal de Genappe, Jean-François Mitsch (PS), concernaient un double marché litigieux entre Electrabel et les communes, qui aurait potentiellement coûté autour de 200 millions en trop aux pouvoirs publics. Dans le cas de Publifin, pas moins de treize dossiers judiciaires sont à l'instruction (Le Vif/L'Express du 3 novembre). Dans celui d'Ores, une information judiciaire a été ouverte mi-mai par le parquet de Nivelles.

Sur le plan politique, les deux dossiers ont fait l'objet de travaux parlementaires qui sont restés en dessous de l'enjeu véritable. " La commission Publifin n'a débouché sur aucun résultat en ce qui concerne l'évolution des tarifs de distribution ", regrette Test-Achats. Quant à Ores, des auditions ont eu lieu au parlement de Wallonie, mais la décision prise par le gouvernement sortant, PS-CDH, de créer une commission mixte spéciale pour passer en revue les marchés contestés avec le soutien d'experts indépendants est passée à la trappe avec le changement de majorité (désormais MR-CDH) survenu cet été. Contacté par nos soins peu après sa nomination, l'actuel ministre de l'Energie, Jean-Luc Crucke (MR), nous avait fait savoir qu'il ne s'opposerait pas à la création d'une commission sur Ores... pour autant qu'une initiative parlementaire soit prise en ce sens. On ne voit absolument rien venir en ce sens pour l'instant.

Le conseiller communal Jean-François Mitsch, très peu épaulé par ses pairs dans son combat, a dès lors créé une plateforme citoyenne, baptisée " Toute la lumière ", à travers laquelle il continue de réclamer une commission d'enquête parlementaire pour répondre de façon indépendante aux questions qu'il pose en continu depuis des mois. Il dépose une pétition cette semaine au parlement de Wallonie. Test-Achats, pour sa part, veut élargir le débat. " La méthodologie et la fixation des tarifs de distribution doit faire l'objet d'une plus grande transparence, souligne l'association dans son manifeste. Une nouvelle commission d'enquête spécifique sur cet élément pourrait être organisée. "

 

Ce pourrait être l'occasion de passer au crible tous les éléments d'une facture trop opaque et de s'interroger au sujet de dérapages suspects. " Les tarifs de transport et de distribution sont très peu sous contrôle, en Flandre et en Wallonie, indique Test-Achats. Les explications peuvent être diverses, mais le résultat est difficile à avaler pour le consommateur, avec un impact négatif évident pour sa facture finale. " Pour donner la mesure du dérapage, il suffit de signaler que l'évolution globale des tarifs pour les réseaux sur la période 2010 - 2017 s'élève à 89 % en Flandre et 63 % en Wallonie. Seule Bruxelles reste relativement sous contrôle, avec une hausse limitée à 16 %.

"Le vrai scandale, c'est la contrepartie !"

La thèse développée en mars dernier dans les colonnes du Vif/L'Express par plusieurs experts, dont l'économiste spécialiste du secteur Eric De Keuleneer, pour analyser ce dérapage, était globalement la suivante : pendant des années, les opérateurs du secteur, Electrabel et les intercommunales de distribution, ont systématiquement surfacturé le coût de la distribution via des pratiques comptables contestables et du lobbying politique. Il s'agissait notamment d'amortir de façon accélérée le matériel pour le réévaluer ensuite de manière comptable et, in fine, le faire payer plusieurs fois aux consommateurs.

" L'attention médiatique se concentre uniquement sur les mandats et leurs cumuls, déclarait alors Eric De Keuleneer. C'est gênant, peut-être, mais pas dans tous les cas de figure. Et l'on s'indigne qu'il n'y a pas de contrepartie aux rémunérations des mandataires. Or, le vrai scandale, c'est précisément la contrepartie ! Depuis vingt ans au moins, des responsables municipaux apportent leur soutien à diverses initiatives d'Electrabel pour retirer le plus possible d'argent du secteur électrique en Belgique. La société (NDLR : contrôlée depuis les années 1990 par Suez, puis entièrement rachetée par le groupe français en 2005 et désormais renommée Engie Electrabel) aurait retiré, selon mes estimations, environ 20 milliards d'euros, partis de façons diverses à Paris pour sauver le groupe Suez-Gaz de France-Engie, plusieurs fois au bord de la faillite. " Depuis cette sortie, et après avoir publié l'ensemble des analyses sur son site, l'économiste s'est fait plus discret, comme s'il avait été rappelé à l'ordre en coulisses.


 

"Il s'agit clairement d'un problème politique"


 

" Avec ces révélations, vous avez mis les pieds dans le plat et nous avons vu ça d'un bon oeil, commente Jean-Philippe Ducart : ça fait craquer le système installé depuis longtemps. Nous aussi avions dénoncé, au début des années 2000, un certain nombre de choses, mais le monde politique n'a jamais été réceptif parce qu'il est trop impliqué, qu'il y a trop de conflits d'intérêts. A l'époque de la Pax Electrica, fin des années 2000, Gérard Mestrallet (NDLR : ex-patron d'Engie, anciennement GDF-Suez) était accueilli avec un tapis rouge, mieux qu'un chef d'Etat. Ce qui importait, déjà à l'époque, pour les Premiers ministres Yves Leterme et Elio Di Rupo, c'était de garantir les revenus des communes. Les répercussions pour la facture du consommateur, depuis toujours, on s'en fout. La révélation des affaires Publifin et Ores, c'est en réalité le début de détricotage du système. On est loin d'être au bout. Mais, en Wallonie et à Bruxelles, il y a peut-être deux ou trois personnes qui maîtrisent vraiment le dossier. La plupart des parlementaires wallons ou des mandataires communaux ne comprennent pas suffisamment la matière. Et ils cherchaient d'autant moins à comprendre qu'ils touchaient des jetons de présence. Et personne ne posait de questions, forcément puisque les communes y trouvaient leur compte. "

Fondamentalement, la question qui se pose est celle de l'échec de la libéralisation du secteur de l'énergie, enclenchée au début du millénaire et effective depuis 2007. " Le message que l'on a fait passer aux consommateurs sur cette libéralisation est partiel, dénonce le manager de Test-Achats. Car les communes ont encore le monopole de la distribution, ce qui pose un réel problème. Quand on dit que la hausse des prix est la conséquence de la libéralisation, on omet de dire que l'on n'a pas créé des conditions favorables pour cette libéralisation. Nos responsables politiques se sont fait mener par le bout du nez par Electrabel, qui a tenu tout le monde par les dividendes versés aux communes. "

Un constat qui ne doit pas oublier non plus d'inclure la bulle des certificats verts, qui a explosé lors de la précédente législature. Les deux majorités wallonnes successives ont eu bien de la peine à la gérer. Cela, aussi, a fait exploser la facture énergétique du consommateur.


 

Le Pacte énergétique interfédéral annoncé par Marie-Christine Marghem, ministre MR de l'Energie (à dr.), doit baliser la sortie du nucléaire. 

Financer l'énergie renouvelable

L'indispensable débat à mener sur la transparence de la facture vise bien à faire la clarté sur le passé, même s'il est très peu probable qu'il aboutisse à un remboursement des sommes qui auraient été trop perçues. Test-Achats assure ne rien exclure pour la suite, y compris une action collective qui permettre de maintenir la pression sur les enquêtes, par exemple.

Mais l'enjeu consiste surtout à éviter que de telles dérives ne se reproduisent. " Cette évolution de la facture est d'autant plus préoccupante que l'on doit atteindre des objectifs impérieux et gigantesques en termes d'investissements dans l'énergie renouvelable, affirme Test-Achats. Si on suit la logique actuelle, le consommateur sera amené à payer ce financement d'une manière ou d'une autre, alourdissant encore un peu plus la charge sur la facture elle-même. " Ce système serait déjà à l'oeuvre pour l'éolien offshore, notamment. Interrogé dans le cadre du débat relatif à Ores, au parlement de Wallonie, Damien Ernst, spécialiste de l'énergie à l'université de Liège, avait dénoncé le fait que le réseau actuel n'était absolument pas prêt à faire face aux enjeux de l'avenir, notamment lorsqu'il s'agira de recharger un parc automobile devenu majoritairement électrique. " Ces importants financements (dans le renouvelable et les infrastructures) doivent idéalement être financés par l'impôt, selon les règles d'équité et en fonction des revenus des contribuables, plaide Test-Achats dans son manifeste, et non de manière forfaitaire ou en fonction de la consommation. "

L'avenir, c'est peut-être aussi le Pacte énergétique interfédéral annoncé pour la fin de l'année par la ministre fédérale de l'Energie, Marie-Christine Marghem (MR), qui doit baliser la sortie du nucléaire et préparer le mix énergétique du futur. Là encore, l'association tape sur le clou : " Ce n'est pas la facture des consommateurs qui doit financer la transition énergétique, mais une fiscalité adaptée à cet objectif. Pour la transition énergétique, une étude indépendante doit chiffrer l'effort budgétaire et financier, tout en examinant les pistes alternatives. "

La pression monte. Le manifeste de Test-Achats est aussi et surtout une pétition que tous les consommateurs peuvent signer. " Celle que nous avions lancée en 2015 pour demander une réduction de la TVA sur l'électricité à 6 % avait recueilli 112 000 signatures, rappelle Jean-Philippe Ducart. Elle a eu un effet de levier, c'est évident. Notre objectif est de faire prendre conscience qu'il y a un vrai problème dans le secteur de l'énergie. Nous n'excluons donc aucune action, y compris en justice, mais le levier le plus important reste politique. Que ce soit via la commission d'enquête proposée par Jean-François Mitsch ou celle que nous proposons, l'important, c'est que ça bouge... "

Message reçu sur les bancs politiques ?

www.testachats.be/energieabordable 

 

 

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Paradise Papers : l’Union tacle le Royaume-Uni

L’Union Européenne profitera-t-elle des Paradise Papers pour étrangler les paradis fiscaux sous tutelle britannique et pour mieux protéger ses propres paradis fiscaux ?
Les Paradise Papers resteront comme une superbe opération de communication, très bien montée, qui fonctionne essentiellement par la manipulation des émotions moyennes.

Son génie consiste à s’appuyer sur les « couches basses » de la pensée, où se confondent obscurément l’optimisation fiscale et la fraude fiscale.

Tous les leviers habituels de la bien-pensance sont ici mobilisés pour reprocher à des entreprises ou des particuliers le recours aux possibilités juridiques offertes par les États pour alléger le poids d’une fiscalité souvent délirante, en faisant mine de les confondre avec une opération frauduleuse.

L’Union Européenne, premier paradis fiscal du monde

Rappelons quand même que les donneurs de leçons qui jubilent ces jours-ci semblent frappés d’une étrange amnésie. Comme les Paradise Papers visent essentiellement les paradis fiscaux sous tutelle britannique (notamment dans les Caraïbes) mais ne concernent pas les pays de l’Union, la censure morale se déploie avec une sélectivité fascinante.

Depuis des années, les entreprises transnationales se battent pour installer leur siège en Irlande ou au Luxembourg, où les taux d’imposition sont très agressivement bas. En Irlande, cette agressivité est inscrite dans le marbre de la loi. Au Luxembourg, elle est plus discrète mais au moins aussi efficace : elle fonctionne par des rescrits fiscaux qui fixent « à la tête du client » le taux d’imposition qui sera appliqué aux entreprises qui s’y installent.

Au-delà de ces pratiques, le Luxembourg est bien connu pour ses taux bas et ses boîtes aux lettres. Moyennant finance, les entreprises étrangères peuvent y domicilier une filiale pour profiter des bienfaits grand-ducaux. Cette industrialisation de l’optimisation fiscale, dont les entreprises françaises profitent largement et qui n’a rien à envier aux pratiques caribéennes échappe curieusement à l’oeil du cyclone.

Mais le Luxembourg n’est que la version caricaturale de pratiques largement répandues dans l’Union. Par exemple, tous les entrepreneurs français savent que les Pays-Bas proposent de vrais avantages fiscaux aux patent box qui permettent, dans la pratique, de défiscaliser la propriété industrielle. Ces niches sont à l’origine de montages complexes, parfaitement légaux, qui sont autant de stratégies non pas de contournement de l’impôt, mais de bonne gestion de l’entreprise.

Mais… les censeurs de l’optimisation fiscale étant souvent des européistes convaincus, il est de bon ton de ne pas rappeler que le premier paradis fiscal du monde s’appelle l’Union Européenne.

Comment l’Union utilise les Paradise Papers pour torpiller le Royaume-Uni

Cette amnésie, ou cette indignation sélective, ne touche pas que les donneurs de leçon. Elle contamine les ministres des Finances européens, qui devraient se retrouver dans un mois à Bruxelles pour convenir que les pays de l’Union ne doivent pas faire partie de leur liste noire. Seuls y figureront les paradis fiscaux sous tutelle britannique, c’est-à-dire essentiellement ceux des Bahamas.

À quelque chose campagne de presse est bonne donc. Puisque les Paradise Papers portent leur ombre sur les zones sous influence de brexiters, profitons-en pour donner un nouveau coup de couteau dans le dos des infidèles.

Il n’est pas sûr que l’inscription des îlots des Bahamas sur la liste noire de l’Union suffise à dissuader les montages qui en font la prospérité. Mais il n’est pas exclu que cette mesure incite les entreprises européennes à préférer une optimisation au Luxembourg plutôt qu’aux îles Caïmans. On comprend ici que, discrètement, les Paradise Papers devraient procurer un avantage protectionniste aux pays qui restent dans l’Union.

Paradise Papers, ou l’indignation sélective

Bref, les Paradise Papers sont une nouvelle occasion de déployer l’indignation sélective dont la bien-pensance raffole. Optimiser sa fiscalité aux Bahamas, c’est pas bien. Mais l’optimiser au Luxembourg, au fond, après tout, c’est l’Europe, c’est près de chez nous, c’est pas si choquant.

Ainsi, optimiser chez les Anglais, ce n’est pas illégal, mais tout comme. C’est une faute morale qui mériterait, après tout, une sanction pénale, même si c’est une application des textes en vigueur. En revanche, optimiser au Luxembourg ou aux Pays-Bas, on n’y trouve pas trop à redire.

On comprend ici que les Paradise Papers sont un instrument pour justifier une réallocation de la destination choisie pour optimiser. Et on admire le travail mené pour surfer habilement sur le sens moral des foules et sur leur faiblesse émotionnelle. Il consiste à choisir un bouc-émissaire (le paradis fiscal sous tutelle britannique), à le jeter en pâture aux médias subventionnés qui s’empressent de jouer le jeu, pour mieux protéger le reste du groupe.

La question de la fiscalité du capital toujours occultée

Reste qu’aucun de ces médias n’a posé la question qui fâche : celle de la fiscalité du capital qui atteint, dans certains pays, des proportions irrespirables. Au moment où le gouvernement français fait voter en urgence une loi rectificative pour 2017 qui portera à titre quasi-rétroactif le taux d’imposition sur les revenus distribués par certaines entreprises à plus de 40%, là où certains pays sont à 25% voire moins, comment peut-on raisonnablement imaginer que ces entreprises ne cherchent pas à optimiser leur fiscalité ?

Il est évidemment difficile d’expliquer aux opinions publiques, si friandes de mise au pilori, que l’optimisation fiscale est un mal inévitable là où l’impôt devient confiscatoire. Il est difficile d’expliquer que l’addiction à la dépense publique porte en elle-même cette optimisation. Mais il est tellement populiste de faire croire qu’on pourra éternellement augmenter la pression fiscale sur quelques-uns pour offrir du pain et des jeux au plus grand nombre…

 

 

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Le bitcoin expliqué à moi-même

Comme toute révolution technologique et culturelle, Bitcoin et la blockchain suscitent leur lot d’exaltation, d’espoirs, de frénésie et de malentendus. Petites précisions sur ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas.
Quand j’ai commencé à m’intéresser au bitcoin et à la blockchain au début de l’année 2016, j’ai été frappé par la complexité de ce sujet et par la difficulté à trouver des présentations simples, synthétiques et rigoureuses. Voici le type d’éléments ultra-simplifiés (mais certainement pas ultra-infaillibles) que j’aurais aimé trouver à l’époque.

En premier lieu, tout comme Tintin sait très bien reconnaître Dupont et Dupond, il convient de distinguer « Bitcoin » et « le bitcoin ». Bitcoin est un protocole informatique, c’est-à-dire un ensemble de règles qui permettent à des ordinateurs de coopérer pour accomplir une tâche.

Il permet d’échanger une sorte de jetons numériques sur internet comme s’il s’agissait de cash : ce qui est transféré ne peut plus être dépensé par le propriétaire initial. La particularité de ce système est de fonctionner de manière à la fois très sécurisée et décentralisée.

Jusqu’à présent, on n’avait jamais réussi à se passer d’intermédiaires centralisateurs comme les banques pour assurer la sécurisation des systèmes de paiements dématérialisés. Or une telle intermédiation est peu efficiente : elle est très coûteuse et ne suffit pas à empêcher des fraudes massives.

La première blockchain

En 2008, l’inventeur de Bitcoin, connu sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, a intégré divers procédés informatiques et cryptographiques d’une manière incroyablement ingénieuse, pour donner naissance à la première « blockchain » : une base de données dupliquée sur un grand nombre d’ordinateurs, pratiquement infalsifiable, enregistrant au fur et à mesure toutes les transactions validées par les membres du réseau (elles sont ajoutées toutes les 10 minutes dans un nouveau bloc relié de manière cryptographique au précédent, d’où l’expression « chaîne de blocs »). Ces transactions sont publiques mais non nominatives ; et elles sont relativement rapides et très peu coûteuses.

Avec les années, il est apparu que cette invention représentait une rupture technologique majeure, avec potentiellement des applications considérables dans de nombreux domaines.

Pour cette raison, le jeton numérique que ce réseau permet de transmettre et qui a été appelé par son inventeur le « bitcoin », a commencé à être considéré comme un élément susceptible de pouvoir être échangé contre des biens concrets dans le monde « réel » et comme une potentielle réserve de valeur. C’est ainsi qu’est né progressivement le bitcoin en tant que monnaie.

L’explosion du cours du bitcoin

D’abord utilisé pour divers trafics illégaux, le bitcoin a fait l’objet d’une demande croissante du public – de plus en plus spéculative – qui a fait exploser son cours, particulièrement à partir du printemps 2017.

Son fonctionnement est original. D’une part, le volume total de bitcoins à émettre est limité : il ne dépassera jamais 21 millions (les bitcoins sont émis automatiquement pour rémunérer certains utilisateurs spécifiques du réseau, appelés « mineurs », qui contribuent à la validation des transactions).

Cela le distingue des monnaies étatiques qui connaissent parfois une forte inflation. D’autre part, son fonctionnement est régi par un algorithme open source, un logiciel public que chacun peut vérifier, qui n’est contrôlé par personne et qui n’est modifiable que si une majorité d’utilisateurs l’accepte.

Sécurité spectaculaire du système Bitcoin

Diverses plateformes d’échange sur internet ont été piratées mais le système Bitcoin lui-même ne l’a jamais été, alors-même qu’il est attaqué jour et nuit depuis huit ans par les meilleurs hackeurs du monde. Cette sécurité spectaculaire provient du mode de validation des transactions qui nécessite des calculs informatiques massifs entraînant un coût extrême en électricité, équivalente à celle d’un petit pays comme l’Estonie.

Cette sécurité implique toutefois certaines limitations techniques qui empêcheraient, dans les conditions actuelles, une utilisation du bitcoin par des dizaines de millions de personnes pour régler leurs échanges quotidiens.

Mais un effort de recherche considérable est actuellement fourni par une vaste communauté de scientifiques et d’entrepreneurs dans le but de surmonter ces contraintes (effort généralement ignoré par les commentateurs qui critiquent les limitations de Bitcoin).

Une double particularité conceptuelle

Au total, Bitcoin présente une double particularité conceptuelle qui le rend particulièrement difficile à comprendre : d’une part l’intégration d’un système de paiement et d’une monnaie, deux éléments jusqu’à présent systématiquement distincts ; d’autre part, une monnaie assise non pas sur un métal précieux ou sur la confiance dans la solvabilité d’un Etat mais sur un système d’échange ultra-sécurisé (nécessitant une gigantesque consommation d’énergie).

Trois formes d’applications de cette invention peuvent être distinguées. La plus évidente est monétaire et bancaire : c’est l’émergence d’une monnaie libre, décentralisée, échappant à tout contrôle politique.

Aux deux milliards de personnes non bancarisées dans les pays en développement, Bitcoin offre la possibilité inédite de devenir leurs propres banques en utilisant un simple téléphone. Si l’utilisation du bitcoin peut être encadrée, voire interdite, seul un blocage complet d’internet pourrait vraiment empêcher les transactions d’avoir lieu.

La plupart des régulateurs publics, comme en France, restent relativement prudents face à ce type de technologie et n’ont pas encore édicté de réglementation spécifique. Certains pays essayent toutefois d’interdire ou de limiter son utilisation.

La spécificité des transactions

La deuxième application est liée au fait que les transactions, qui deviennent immuables une fois validées, peuvent accueillir une petite quantité d’information cryptée qui peut ainsi être stockée et horodatée d’une manière incomparablement plus fiable et moins coûteuse que n’importe quel autre système.

Les utilisations de cette fonctionnalité en matière d’échange, vérification, validation ou audit de documents, titres juridiques, droits, et données de toutes natures sont potentiellement illimitées.

Enfin, ces transactions sont programmables : il est possible d’ajouter diverses conditions à leur déclenchement (date, heure, signatures, etc.). C’est un aspect qui ouvre des perspectives immenses et qui contribue d’ailleurs à alimenter ce qui ressemble fort à un début de bulle spéculative – intellectuelle comme financière – autour du thème de la « blockchain » qui n’est pas sans rappeler la frénésie technologique et financière autour d’internet qui a précédé le krach boursier du début des années 2000.

L’algorithme Bitcoin étant en accès libre, chacun peut le copier et en modifier quelques paramètres, par exemple pour conditionner le déclenchement des transactions à des événements ou à des sources d’information spécifiques. Cela entraîne la création d’une nouvelle blockchain et d’un nouveau jeton numérique, échangeable très facilement et ayant donc les caractéristiques d’une nouvelle crypto-monnaie.

La plus connue est Ethereum mais on recense ainsi aujourd’hui (en novembre 2017) plus de 1 200 crypto-monnaies. Et des centaines de startups dans le monde expérimentent de nouvelles applications de cette fonctionnalité dans tous les domaines : finance, assurance, audit, énergie, santé, logistique, objets connectés, etc.

Comme toute révolution technologique et culturelle, Bitcoin et la blockchain suscitent leur lot d’exaltation, d’espoirs, de frénésie et de malentendus. Pour aller plus loin, je recommande le site www.bitcoin.fr et deux livres particulièrement clairs et rigoureux : Bitcoin, la monnaie acéphale (J. Favier et A. Bataille) et, plus technique, Bitcoin, mode d’emploi (P. Noizat).

 

 

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